Bill "Bojangles" Robinson

William Luther Robinson dit Bill Robinson (plus connu sous le nom de Bojangles) est une légende dans l’art du “Tap Dance”.

Bill Robinson naît à Richmond en Virginie le 25 mai 1878 et, comme beaucoup d’enfants noirs nés pendant la période post-esclavagiste, il cherche du travail alors qu’il est encore très jeune. Dès l’âge de 5 ou 6 ans, il fait de la rue son espace d’expression, il y apprend à danser et y acquiert rapidement une réputation. Bill “Bojangles“ Robinson est victime de la ségrégation et du racisme tout au long de sa carrière. Conscient de son influence, il mènera de nombreux combats dans le sens de la représentation et de l’inclusion des personnes noires dans le monde de l’“Entertainment“ (divertissement) américain. Il est l’artiste africain-américain(1) le plus connu et le mieux payé de la première moitié du XXème siècle.


Le Théatre de Vaudeville

A 22 ans, Bill “Bojangles“ Robinson arrive à New York où il se fait rapidement connaître dans les clubs et petits théâtres. Il est alors repéré par Georges W. Cooper, un comédien noir à succès. Ensemble ils se représenteront pendant 12 années dans les théâtres de Vaudeville(2) les plus prestigieux.

Bill Robinson est l’un des premiers artistes africain-américain à briser la «Two-Colored Rule» (la règle des deux couleurs) : une règle qui imposait dans le théâtre Vaudeville qu'un artiste noir se produise toujours avec un artiste blanc. En effet, il s’est non seulement produit avec son partenaire G.W. Cooper, mais il a également été l'un des premiers artistes noirs à performer en solo dans des Vaudevilles.

Bill “Bojangles“ Robinson est également la première personne noire à refuser d’être en blackface(3).

En 1928, il est embauché à Broadway pour la revue “Blackbirds of 1928”. Son succès, notamment dans cette production, lui ouvrira les portes d’Hollywood.


Hollywood

En 1930, Bill “Bojangles“ Robinson apparaît pour la première fois dans une production Hollywoodienne; et c’est dans le film «Harlem is Heaven» (1932) qu’on le voit exécuter son extraordinaire «Stair Dance», sa pièce signature est ainsi filmée pour la première fois.



En 1935, avec «The Little Colonel», il est le premier artiste africain-américain à apparaître à Hollywood dans un casting “interracial“, au côté de Shirley Temple(4), avec qui il collaborera pendant plusieurs années.


Bill "Bojangles" Robinson dansant avec Shirley Temple, The Little Colonel (1935)

Il est également le premier artiste africain-américain à avoir le premier rôle dans une production hollywoodienne avec «Stormy Weather» en 1946. Le film, librement inspiré de la vie de Bill “Bojangles“ Robinson, est composé d’un casting exclusivement noir avec d’autres superstars comme Lena Horne, les Nicholas Brothers, Cab Calloway, Fats Waller ou encore Katherine Dunham.


«Mayor of Harlem»

Surnommé “Mayor of Harlem“ (“Le Maire de Harlem”) et connu pour sa grande générosité, Bill “Bojangles“ Robinson prenait soin de la communauté noire d’Harlem. Il a ainsi payé les loyers de nombreuses familles pendant la Grande Dépression et a performé pour plus de 3000 spectacles organisés à des fins caritatives.



Il est également l’un des cofondateurs de la “Negro Actors Guild of America”(5) dont il assurera le financement en organisant des spectacles.


«The International Tap Dance Day»

Bill “Bojangles“ a été d’une influence considérable pour toute la génération des danseur·euses de "Tap Dance" qui a suivi. Il a notamment formé le célèbre danseur Fred Astaire. La différence majeure de place qu’occupent ces deux personnes dans la culture de masse témoigne de l’effacement systématique des personnes noires au profit des personnes blanches (et particulièrement des hommes blancs) dans l’industrie cinématographique – et dans l’Histoire en général. Selon le danseur Kenji Igus, bien que l’inclusion des danseur·euses du "Tap Dance" comme Bill Robinson dans des films hollywoodiens soit alors un signe de progrès, les danseur·euses noir·es ont continué à être confronté·es à une industrie du cinéma dominée par la culture blanche. Des distinctions dans le style de danse se sont petit à petit développées: d’une part des artistes noir·e·s comme John Bubbles ou Jeni LeGon ont continué la tradition du "Tap Dance" en tant que danse fondamentalement rythmique, danse sociale d’improvisation et fortement ancrée dans le jazz; d’autre part des artistes blancs comme Gene Kelly ou Judy Garland ont créé un style plus proche du ballet dans lequel le rythme est devenu moins important, au profit de l’intégration de la danse dans la narrative des comédies musicales.

Bill Bojangles Robinson reste une légende pour les danseur·euses de claquettes du monde entier et sa date d’anniversaire, le 25 mai, est aujourd’hui officiellement le «International Tap Dance Day».

Le 25 mai marque aussi la date de l’assassinat de Georges Floyd(6) en 2020, ayant entraîné une résurgence du mouvement «Black Live Matters ». A ce propos, le très beau court-métrage «How to Feel» écrit par Donna Michelle St Bernard et Travis Knights pour la Soulpepper Theatre Company en 2021, «Celebrating Bill Robinson and remembering Georges Floyd» fait un lien puissant de cohérence entre ces deux dates dans la lutte contre le racisme dont sont encore victimes avec violence les personnes afro-descendantes aujourd’hui.


(1) Terme utilisée par Angela Davis notamment dans son ouvrage « Blues et Féminisme noir », afin d’insister sur une dimension et un héritage africain. Le terme « afro-américain », largement répandu en français, fait en effet débat aux États-Unis.

(2) Genre de divertissement théâtral de variétés, consistant en une combinaison rapide de numéros mixtes sans intrigue fermée. Le théâtre Vaudeville, avec ses artistes itinérant.e.s, est extrêmement populaire aux Etats-Unis entre le début du XIXème siècle et le début du XXème siècle, jusqu’à l’avènement du cinéma muet.

(3) Le blackface consiste pour une personne blanche à se grimer le visage pour se déguiser en personne noire, souvent associé à une mise en scène des préjugés racistes. Cette pratique, qui viendrait des ventes d’esclaves africains, a été largement utilisée dans les « minstrels shows » du théâtre vaudeville, à un point tel qu’elle était également imposée aux personnes noires. La pratique du blackface est encore largement répandue aujourd’hui.

(4) Shirley Temple (1928-2014) : actrice, chanteuse, danseuse et diplomate américaine. Elle est la première “enfant star” du cinéma américain à avoir eu une renommée internationale.

(5) Negro Actors Guild of America : organisation créée en 1937 ayant pour objectif d’apporter un soutien financier aux artistes noir.e.s. Il s’agissait également de lutter contre le racisme dans l’industrie du théâtre et du cinéma en créant notamment des opportunités pour les artistes noir·e de jouer des rôles plus réalistes moins ancrés dans des stéréotypes racistes.

(6) Affaire de violence policière américaine lors de laquelle George Floyd, un homme africain-américain, meurt à la suite de son interpellation par plusieurs policiers, le 25 mai 2020, à Minneapolis, dans le Minnesota aux États-Unis.



Rédaction: Anouk Chipault Le Guennec


Sources:

 


Pour en apprendre plus sur le swing et son histoire:

Collective Voice for Change

Black Lindy Hoppers FundFrankie Manning Foundation

Swungover


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